Exposition présentée à la fête de la LCR 33 (6 octobre 2007 - Pessac)

 

De 1995 à aujourd'hui

DE LA REMONTEE DES LUTTES
A LA QUESTION DU PARTI

Au moment où le capitalisme entrait dans une nouvelle période qu'il prétendait triomphante suite à l'effondrement de l'URSS en 1991, la contestation sociale allait renaître contre lui, en marge des partis de gauche. En 1995, la France voit se finir la présidence de Mitterrand, marquée par la mise en place de la politique libérale version gauche caviar, et traduite par une période de recul des luttes sociales.

(1) 1995 - " TOUS ENSEMBLE ! " UNE LIBERTE RETROUVEE

(2) 1997-2002 - LA GAUCHE PLURIELLE AU GOUVERNEMENT : APPROFONDISSEMENT DES RUPTURES
ET DEVELOPPEMENT DES RESISTANCES

(3) 2002 -2003 - SCORES INEDITS POUR L'EXTREME GAUCHE ET REMONTEE DES LUTTES

(4) 2005 - DE LA VICTOIRE DU NON AU TCE A LA REVOLTE DES BANLIEUES

(5) 2006 - LA LUTTE CONTRE LE CPE : QUAND LA JEUNESSE FAIT RECULER LE GOUVERNEMENT

(6) 2007 - VERS UN NOUVEAU PARTI ANTICAPITALISTE ET REVOLUTIONNAIRE

 

 

(1) 1995 - " TOUS ENSEMBLE ! "
UNE LIBERTE RETROUVEE

Les élections présidentielles de 95 sont marquées par l'émergence de l'extrême gauche sur la scène électorale. Avec 5,3 % et 1 600 000 voix portées sur le nom d'Arlette Laguiller, Lutte ouvrière trouve un écho à son " plan d'urgence pour les travailleurs " dont les mesures phares sont l'interdiction des licenciements pour les entreprises qui font des profits et la levée du secret bancaire sur les comptes des grandes entreprises. Pour la première fois dans son histoire, l'extrême gauche réunit un courant d'opinion plus large que celui hérité de Mai 68. Lutte Ouvrière lance alors un appel pour la création d'un " nouveau parti des travailleurs, des jeunes, des femmes et des exclus " mais n'assumant pas sa propre politique, LO décide brutalement de faire machine arrière et exclue ceux et celles qui avaient pris au sérieux la perspective d'un nouveau parti anticapitaliste et révolutionnaire, 10% de l'organisation, essentiellement sur Bordeaux et Rouen. Ces militants constituent alors le groupe " Voix des travailleurs ", groupe qui, en juin 2000, fusionne avec la LCR.

Le troisième tour social, ou comment les salariés relèvent la tête
La situation à la veille des grèves de 95 est celle d'un troisième tour social. Le retour de la droite au pouvoir a libéré nombre de militants de la paralysie des années précédentes. Juppé a été choisi comme Premier ministre et va essayer de mettre en application et dans les plus brefs délais des mesures libérales. Face à cette nouvelle offensive, les salariés et la jeunesse réagissent. Le 10 octobre voit le succès d'une journée d'action des fonctionnaires contre le gel de leurs salaires. Le 25 octobre, les cheminots cessent le travail 24 heures pour protester contre la fermeture de plusieurs milliers de kilomètres de voie ferrée, et le taux de participation à la grève est très élevé. Enfin, à partir d'octobre, un puissant mouvement étudiant se développe dans les campus pour réclamer davantage de moyens. L'annonce de l'allongement des cotisations retraites des salariés du public que Balladur avait déjà imposé aux salariés du privé en 1993, va alors être le déclencheur de la plus grande mobilisation depuis 68.

Le Juppéthon comme baromètre des luttes

 

La mobilisation contre la réforme Juppé ne va cesser de croître entre novembre et décembre 95 pour atteindre son apogée le 12 décembre avec plus de 2 millions de manifestants. Tout le monde s'intéresse au score du Juppéthon. De part leur importance dans la vie sociale, les cheminots vont être un moteur de la grève. La France marche à pied et découvre le covoiturage. Malgré la pression des médias sur le thème de la France prise en otage, la majorité des salariés, notamment ceux du privé, sont solidaires des grévistes et font ainsi la "grève par procuration".

 

Le début d'une nouvelle période
Après décembre 95, les schémas politiques et syndicaux sont transformés. Les directions syndicales, sans parler du ralliement de Notat et de la direction de la CFDT à Juppé, ont tout au long de la lutte chercher surtout à l'accompagner afin de ne pas se retrouver à la marge d'un mouvement interprofessionnel où les carcans du passé commençaient à se briser. Dans les manifestations et dans les assemblées générales, on commence à sentir un vent de liberté.
Il y a un lien entre le résultat de l'extrême gauche aux élections et la remontée du mouvement social. Les relations entre les militants du Parti communiste et de l'extrême gauche commencent eux aussi à changer.
1995 marque clairement le début d'une nouvelle période de remobilisation du monde du travail qui ouvre des possibilités pour les révolutionnaires.

 

 

 

 

(2) 1997-2002 - LA GAUCHE PLURIELLE AU GOUVERNEMENT :
APPROFONDISSEMENT DES RUPTURES
ET DEVELOPPEMENT DES RESISTANCES

En 1997, la dissolution surprise de l'Assemblée Nationale par Chirac va permettre à Jospin de succéder à Juppé. Le nouveau gouvernement sera labellisé " gauche plurielle " en raison notamment de la présence continue de ministres verts et communistes dont Gayssot qui aura en charge les délicats dossiers des transports. C'est le gouvernement champion des privatisations, du " dégraissage de mammouth ", du PARE contre les chômeurs, des accords de Barcelone sur la libéralisation du marché de l'énergie…

 

L'extrême gauche, expression de la remontée des luttes et de la poursuite des ruptures face à la gauche

Dans cette situation, l'extrême gauche renforce son influence à une large échelle. Elle est la seule opposition de gauche face au gouvernement. Elle s'engage dans les luttes des sans-papiers, des chômeurs, contre les licenciements. Elle offre aussi la possibilité que s'exprime politiquement la rupture avec la gauche libérale. En 1998, au Régionales, plusieurs élus de LO et de la LCR rentrent dans les conseils régionaux. En 1999, la campagne commune LO-LCR aux élections européennes permet, sur la base de la proportionnelle, d'envoyer cinq députés révolutionnaires au parlement européen. Aux municipales de 2001, à nouveau, l'extrême gauche marque des points en envoyant des élus révolutionnaires dans les conseils municipaux. Ces succès électoraux reflètent l'écho que rencontrent nos propositions en particulier celles contre les licenciements.

 

La question des licenciements

Dans une période où les restructurations succèdent aux plans sociaux, la lutte contre les licenciements est devenue la question essentielle. Le patronat est à l'offensive comme à Renault Vilvorde où il organise un chantage au temps de travail. Les annonces des suppressions d'emplois, en même temps que les augmentations du cours des actions et des profits, donnent une légitimité de plus en plus grande à l'idée de l'interdiction des licenciements.
Corollaire du chômage, la précarité et les petits boulots explosent, notamment dans la jeunesse. De nouvelles luttes apparaissent parmi cette fraction la plus exploitée avec les grèves des précaires de chez MacDo, Pizza Hut ou les femmes de ménage immigrées du groupe Accor.

Parallèlement sur la scène internationale, le mouvement altermondialiste se développe à l'occasion de contre-sommets comme ceux de Seattle ou de Gênes qui mobilise une jeunesse radicale derrière le slogan " un autre monde est possible ". Les débats sont riches et il devient naturellement nécessaire que chacun se définisse par rapport à de nouveaux repères comme l'anticapitalisme ou l'antilibéralisme.

 

L'altermondialisme, un autre monde est possible
Parallèlement sur la scène internationale, le mouvement altermondialiste se développe à l'occasion de contre-sommets comme ceux de Seattle ou de Gênes qui mobilisent une jeunesse radicale derrière le slogan " un autre monde est possible ". Les débats sont riches et il devient naturellement nécessaire que chacun se définisse par rapport à de nouveaux repères comme l'anticapitalisme ou l'antilibéralisme.

 

 

 

(3) 2002 -2003 - SCORES INEDITS POUR L'EXTREME GAUCHE
ET REMONTEE DES LUTTES

La politique de la gauche plurielle au gouvernement pendant 5 ans crée les conditions d'un " séisme politique ", son effondrement électoral amenant la présence de Le Pen au second tour des Présidentielles de 2002. Le PS comme le PC ont brutalement pris conscience de leur rupture avec leur électorat populaire. La plupart des illusions dans le PS sont tombées. Le crédit qui lui reste est d'être le " moins pire ", ce qui lui permet encore de connaître des succès électoraux comme lors des Régionales de 2004 après la défaite du mouvement de grève de 2003.

 

L'autre fait marquant de ces élections est la confirmation dans les urnes de l'existence d'un courant de sympathie pour l'extrême gauche avec plus de 10 % et 2,8 millions d'électeurs. Suite au refus de LO d'envisager une candidature commune, la LCR décide de se présenter seule à ces élections avec la candidature d'Olivier Besancenot qui réalisera 4,25 % et 1,2 millions de voix. Ce résultat est le fruit d'une campagne menée autour du plan d'urgence, d'une volonté unitaire et du profil jeune et travailleur de notre candidat.

 

Mai-Juin 2003 : apogée de la remontée des luttes

 

Chirac, élu par un large front républicain, a les pleins pouvoirs pour amplifier l'offensive contre le monde du travail et peut compter sur la passivité des directions syndicales et des partis de gauche. La " réforme " des retraites, que la gauche a préparée avec le rapport Charpin, est engagée. Le gouvernement associe les syndicats qui déclarent partager le diagnostic et la nécessité d'une réforme.


Alors que la mécanique semble bien huilée, en janvier, les salariés d'EDF en votant majoritairement non contre la remise en cause de leur régime de retraite, que la direction et la CGT, les appelaient à ratifier, brisent le consensus sur la soi-disant nécessité de réforme des retraites. Au même moment, dans l'Education nationale, un puissant mouvement de grève démarre contre les effets de la décentralisation. C'est la jeunesse enseignante qui tire en avant le mouvement et pousse à la généralisation du mouvement, consciente que c'est par la rue qu'on pourra gagner.

 

Des coordinations se créent sur l'initiative des militants d'extrême gauche et d'équipes syndicales combatives, de même que des collectifs interpro : bien que minoritaires, ils affirment l'unité nécessaire entre salariés du public et du privé et le besoin de la prise en main de la lutte par ses acteurs eux-mêmes.

Tout au long du mois de mai, la mobilisation ne va cesser de se développer. Dans les manifestations, la revendication des " 37,5 annuités pour tous " s'impose malgré l'opposition et les réticences des directions syndicales. Même si la mobilisation massive ne suffit pas enclencher la grève générale, l'ensemble des équipes militantes déborde les directions syndicales et les poussent en avant. En face, Raffarin claironne que " ce n'est pas la rue qui gouverne " et pose ainsi avec cynisme et mépris la question du pouvoir et des institutions.

 

Les limites politiques du mouvement social : l'absence d'un projet de transformation sociale

Si au cours de la lutte, s'est exprimée une méfiance réelle vis-à-vis des appareils syndicaux et politiques, en l'absence d'une direction alternative, en absence d'un projet social et politique, le mouvement reste désarmé et marque le pas quand le texte de loi arrive devant le Parlement. Tous les militants sentent que la situation leur échappe au moment où il aurait fallu franchir une autre étape, lier la lutte à la contestation des institutions, faire le lien entre la question sociale et la question politique. La question d'un nouveau parti du monde du travail et de la jeunesse est posée… sans pouvoir trouver de réponse.

 

Malgré ses limites, c'est ce profond mouvement qui pousse la LCR et LO à se présenter unie aux élections régionales et européennes de 2004 sur la base d'un programme d'urgence sociale et démocratique en s'affirmant pour " le parti des luttes et des grèves ". Mais reflet de l'échec du mouvement social, les résultats électoraux n'ont pas été à la hauteur des espérances.

A la fin de l'année 2004, l'extrême gauche est au milieu du gué. Elle a progressé sur le plan militant et électoral, certes avec des hauts et des bas. Elle doit continuer sa mue, sortir de la peau des petites organisations issues de mai 68 et luttant contre l'influence du stalinisme sur le mouvement ouvrier afin d'appréhender la situation nouvelle, les nouveaux clivages issus de la période 1995-2004.
A partir de là, c'est de essentiellement la jeunesse que viendront les principaux facteurs d'évolutions.

 

 

 

 

(4) 2005 - DE LA VICTOIRE DU NON AU TCE
A LA REVOLTE DES BANLIEUES

L'année 2005 voit s'accroître la rupture entre la majorité de la population et les partis institutionnels, ce que révèle la séquence sociale qui va des mobilisations lycéennes du printemps, du NON au TCE le 29 mai, à la révolte des quartiers populaires au mois de novembre.

Les lycéens en lutte contre le projet Fillon de réforme de l'école

Le mouvement lycéen est un événement social et politique majeur de cette année : une nouvelle génération fait l'expérience de la démocratie, de l'auto-organisation dans un affrontement avec le gouvernement. Cette expérience servira en 2006 dans la lutte contre le CPE.

La loi Fillon, loi inégalitaire instituant un accès inégal à la culture veut soumettre davantage l'éducation aux besoins patronaux : pour une élite l'accès à la culture, pour la majorité un socle commun minimal formant de " la chair à patrons ". En contestant cette loi, en réclamant plus de moyens et de postes dans l'éducation, la jeunesse fait irruption sur la scène politique. Avec sa spontanéité, son caractère populaire et incontrôlable, et sa force de contagion, elle fait frémir le gouvernement. Fillon rappelle que " la loi ne se fait pas dans la rue " et Jack Lang que " Les lycéens, c'est comme le dentifrice : quand ils sont sortis du tube, on ne peut plus les faire rentrer ". En effet alors que la loi est votée au Parlement 165 000 lycéens sont dans la rue le 8 mars.

 

Cette radicalité encourage les luttes des salariés et prépare le succès de la journée d'action interprofessionelle du 10 mars. L'inertie des directions syndicales, ne donnant pas de suite à cette journée, a participé au reflux du mouvement lycéen qui continue son combat par des blocages et occupations de leurs établissements suivi d'une répression policière violente.
A l'issue de ce mouvement, une nouvelle génération militante est apparue consciente de la nécessité du " tous ensemble " et pesant sur les évènements politiques.

La victoire du NON de gauche contre le projet de Traité Constitutionnel Européen

C'est dans ce contexte que s'ouvre la campagne pour le référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE). Alors que le Parti socialiste, majoritairement, appelle à voter oui à " la concurrence libre et non faussée ", le rapport de force se construit dans les mobilisations, à travers les collectifs Pour le Non, les discussions dans les syndicats, la C.G.T. en particulier, pour rejeter l'Europe du capital, dire non à la droite tout en désavouant la gauche libérale.
La LCR, tout en participant à l'action unitaire des Collectifs du Non avec le Parti communiste et bien d'autres militants, développe sa propre campagne, internationaliste, pour une Europe démocratique, pour que le Non soit un encouragement aux luttes.

 

Le Non est porté par les mobilisations. Il puise sa force dans les manifestations du 10 mars, dans le mouvement de la jeunesse des lycées, dans la journée de désobéissance civique du 16 mai comme dans les luttes des salariés de Carrefour, de Total, et de bien d'autres.

La question sociale, la question de la répartition des richesses, est au centre du débat. A l'économie de marché, à " la concurrence libre et non faussée " s'opposent les besoins des classes populaires, l'exigence d'une économie qui soit aux services des besoins sociaux et non de l'avidité d'une minorité de gros actionnaires.

Le 29 mai, la victoire du Non avec 55 % est significative de la politisation en cours parmi les couches populaires en même temps qu'elle contribue à approfondir la rupture avec le PS du Oui qui fait la " synthèse " entre les tenants du Oui et du Non à son congrès du Mans en novembre.

 

Révolte dans les quartiers populaires
En novembre, la mort à Clichy-sous-bois, de deux jeunes électrocutés dans un transformateur EDF, où ils s'étaient réfugiés en fuyant la police, va déclencher une vague d'émeutes alimentée par les déclarations de Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, sur " la racaille ". Le gouvernement Villepin, ressortant une loi de 1955, époque de la sale guerre coloniale d'Algérie, proclame " l'état d'urgence " pour mettre au pas les banlieues. La gauche institutionnelle se tait, le PS soutenant même le gouvernement et les mesures répressives, les arrestations, les condamnations contre les jeunes.
A sa façon, avec certes des méthodes qui se retournent contre ses propres intérêts, la jeunesse des banlieues pose l'urgence des questions du chômage, du logement, des services publics.

 

 

 

 

(5) 2006 - LA LUTTE CONTRE LE CPE :
QUAND LA JEUNESSE FAIT RECULER LE GOUVERNEMENT

La lutte contre le CPE apparaît comme le point culminant des luttes de la jeunesse depuis 2002, comme la synthèse des principaux enseignements tirés lors des précédentes mobilisations. Parti de Rennes-II le 7 février, le mouvement étudiant et lycéen ne cesse de se renforcer jusqu'au 10 avril. Après plus de 10 semaines de grèves étudiantes et lycéennes, face au nombre de facs bloquées, à deux journées de manifestations de trois millions de personnes, Villepin se voit contraint de retirer l'amendement CPE de la loi dite d'" égalité des chances ". A Bordeaux-III, la grève s'arrête après six semaines de blocage et une victoire au goût amer, car forcément vécue comme incomplète. Mais, le retrait du CPE a redonné confiance à des millions de travailleurs et prouvé à une large échelle, que lorsqu'on s'y met " tous ensemble " : la lutte paie.

Un mouvement qui tire les leçons des luttes passées

Dans la jeunesse, ces plusieurs semaines de grèves ont conduit à une politisation exceptionnelle. Mais, dès le départ, plusieurs éléments déterminants étaient présents : la volonté de ne pas s'arrêter au vote de la loi comme en 2003, s'exprimant par une défiance légitime à l'égard des institutions et des partis institutionnels, refusant par exemple la décision du Conseil Constitutionnel de valider la loi. C'est également la volonté d'élargir la mobilisation en direction des travailleurs, pour construire un mouvement d'ensemble et ne pas se retrouver seul comme en 2005.

 

L'expérience de la démocratie dans la lutte…

 

D'une mobilisation à l'initiative d'un large front unique des organisations de jeunesse, le mouvement contre le CPE se structure rapidement autour de Comités de grève, d'Assemblées Générales, envoyant chaque week-end des délégués dans les Coordinations Nationales, qui deviennent rapidement un élément moteur du mouvement, contestant les directions traditionnelles des mouvements étudiants, s'érigeant - certes de manière incomplète - en direction du mouvement. C'est la seule force de l' auto-organisation qui s'est révélé capable de transformer des milliers de jeunes en militants actifs du mouvement, à amener le mouvement jusqu'aux limites de ses possibilités.

 

… et de la nécessité de l'unité salariés-étudiants

Des liens entre les salariés et les étudiants se sont tissés pendant cette période, par la présence militante de salariés dans les universités, et dans les AG étudiantes, et réciproquement par la volonté des étudiants d'entraîner dans la grève le monde du travail. C'est qu'à la différence du monde étudiant de mai 68, les étudiants du XXIème siècle, plus nombreux, ne perçoivent pas le monde du travail comme quelque-chose de lointain. Subissant la dégradation des conditions de vie et d'études, ils sont de plus en plus nombreux à devoir se salarier pour financer leurs études, occupant des postes particulièrement précaires, côtoyant les travailleurs et leurs préoccupations. De plus, la plupart seront salariés à la fin de leurs études, connaîtront la précarité ou le chômage. D'où la conscience d'une communauté d'intérêts entre étudiants et travailleurs, et l'articulation concrète de la lutte des étudiants avec celle du monde du travail.

Une victoire et des perspectives

 

Dans les AG, les étudiants font l'expérience de la démocratie directe, discutent de précarité, des moyens de la combattre, mais aussi de la nécessité d'une autre société, qui ne soit pas fondé sur la course au profit. Scellant la première victoire d'importance, dans les luttes sociales, contre un gouvernement depuis 1995, le mouvement contre le CPE et la loi d'égalité des chances, confirme l'émergence d'une nouvelle génération militante, qui bouscule par sa radicalité les lignes issues de la période précédente.

 

 

 

 

(6) 2007 - VERS UN NOUVEAU PARTI
ANTICAPITALISTE ET REVOLUTIONNAIRE

Les élections présidentielles et les législatives de 2007 ont vu la victoire de la droite avec Sarkozy, pour appliquer le programme du MEDEF. L'UMP applique son programme contre lequel il s'agit de construire l'unité la plus large dans les mobilisations. Le PS dérive vers le centre, dans la continuité de la campagne de Ségolène Royal et nombre de ses responsables s'intègrent au gouvernement Sarkozy. Le PC continue à voir son influence décliner dans les classes populaires. La victoire de la droite " décomplexée ", les deux défaites consécutives de la gauche gouvernementale, dessinent de nouveaux rapports de force et mesurent les reculs accumulés depuis des décennies.

 

En même temps, les résultats de notre candidat à la Présidentielle, Olivier Besancenot, avec 1 498 835 voix et 4,08 % des voix témoignent d'un courant persistant de sympathie pour nos idées.

A l'issue de la séquence électorale, la perspective d'un nouveau parti anticapitaliste et révolutionnaire prend appui et se nourrit des évolutions engagées depuis 1995. Les luttes et les mouvements sociaux (95, 2001 contre les licenciements, 2003 contre la loi Fillon, 2004 pour le droit à la santé, 2006 contre le CPE...) ont manifesté l'existence d'une large conscience d'opposition aux plans libéraux du capital, l'existence aussi de dizaines de milliers de militants agissant sur le terrain de l'anticapitalisme et réceptifs aux propositions des révolutionnaires. De nombreuses luttes locales contre les licenciements, pour les salaires ou la défense des services publics ont montré cette même réalité.

 

 

Plus généralement, c'est l'ensemble des discriminations et des oppressions que sécrète cette société qui ont été régulièrement combattues, parfois à une échelle de masse. Mais à l'ère de la mondialisation, il n'est désormais plus possible de mener des politiques réformistes, comme au siècle dernier. Ceci ne laisse plus aux partis de gouvernement que le choix d'accompagner la mondialisation dans le cadre des institutions du capitalisme.

 

Prenant appui sur le renouveau des luttes, sur l'inscription durable de la gauche anticapitaliste dans le champ politique, il appartient aux révolutionnaires de prendre l'initiative. Appeler à la construction d'un nouveau parti, ne constitue pas pour la LCR une sorte de " coup politique " qui chercherait à capitaliser le bon résultat aux élections présidentielles d'Olivier Besancenot. Il s'agit de répondre aux nécessités qu'impose la nouvelle période ouverte il y a quinze ans. Il nous faut créer un nouveau parti pour que la nouvelle génération, née du renouveau des luttes depuis 1995, s'organise à une échelle plus large qu'auparavant.

Nombreux sont ceux aujourd'hui qui s'interrogent sur la manière dont nous pourrions construire ce nouveau parti appelé de nos vœux. Nous appelons à créer un parti ouvert, rassemblant sans sectarisme tous les militants, courants et expériences qui se reconnaissent dans cette démarche. Nous appelons à créer un parti qui soit le produit des meilleures expériences de la lutte de classes de ces dernières années. C'est pourquoi nous devons engager le dialogue avec les forces qui sont prêtes à agir avec nous dans cette direction, en commençant par les secteurs de la jeunesse et du monde du travail les plus avancés dans le combat anticapitaliste. Nous proposerons aussi ces perspectives aux courants issus de la crise du PS et du PCF, aux militants anti-libéraux, à tous les révolutionnaires et en particulier à Lutte Ouvrière.

L'appel à créer un nouveau parti s'adresse donc à tous les anticapitalistes, en accord avec quelques principes de base : la lutte des classes, l'indépendance vis-à-vis des institutions et des partis institutionnels, la nécessité de la rupture révolutionnaire avec le capitalisme. Le processus pour la création de ce parti anticapitaliste, écologiste, féministe, internationaliste et révolutionnaire est ouvert. Il nous faudra débattre de tout ce qui est nécessaire pour construire l'instrument dont nous avons besoin : un parti de la jeunesse et du monde du travail pour révolutionner la société.