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2007 : Pourquoi je suis candidat ?
Et le partage des richesses, c’est pour quand ?
par O. Besancenot
Vous le savez sans doute, la LCR m’a demandé de
la représenter pour la seconde fois à l’élection présidentielle.
Cette campagne électorale débute sur des bases politiques aberrantes. En moins
d’un an, on a vécu une séquence sociale et politique exceptionnelle : la
victoire retentissante du « non » de gauche contre le TCE, un grand vent de
révolte de la jeunesse des quartiers, puis des millions de manifestants contre
le CPE. La question sociale devrait donc logiquement s’imposer comme thème
majeur… Et bien non, la campagne débute sur l’immigration et l’insécurité.
Sarkozy rêve de refaire le coup de 2002 et à nouveau le PS rentre dans son jeu
alors qu’une des leçons du 21 avril, c’est que jouer avec la peur est le plus
court chemin vers l’extrême-droite.
Notre premier boulot, dans le cadre de cette campagne, c’est de faire de la
question sociale une question incontournable. La contestation anticapitaliste
qui s’est manifestée avec force dans la rue doit s’exprimer à nouveau dans les
urnes.
Les sujets ne manquent pas tant la droite au pouvoir et le Medef nous en mettent
plein la tête tous les jours ! Le patronat licencie des dizaines de milliers de
travailleurs, comme chez Peugeot ou à EADS-Toulouse. Son seul critère de
décision, c’est le fric, ses profits. Les gouvernements qui se succèdent
privatisent à tour de bras tout ce qui peut dégager des bénéfices pour les
grands actionnaires, malgré un bilan qui, sur le terrain de la sécurité, du prix
ou de la qualité du service rendu est mauvais, avec comme dernier exemple en
date GDF. Et pour les services publics qui demeurent, c’est le tour de vis
budgétaire : les économies dont la droite nous rebat les oreilles, c’est
concrètement moins d’infirmières dans les hôpitaux et moins d’enseignants dans
les écoles. Les attaques pleuvent contre le code du travail, avec la
multiplication des contrats précaires. Des coups sont portés contre la sécu et
le droit à la retraite.
Les dégâts sociaux des politiques libérales-capitalistes sont colossaux : la
France est une des plus grandes puissances économiques du monde, un pays riche…
dans lequel vivent 7 millions de pauvres dont 3,5 millions de mal logés. Un pays
riche où des millions de salariés ou de travailleurs indépendants ont de plus en
plus de mal à joindre les deux bouts. Un pays riche où tout augmente, mais
jamais nos salaires, nos pensions de retraites ou nos minima sociaux !
La droite au pouvoir, ce sont aussi les expéditions militaires en Afrique ou au
Moyen-Orient pour y défendre les intérêts de la bourgeoisie française et de ses
alliés, les gouvernements des Etats-Unis et d’Israël, dans une continuité
néocoloniale et impérialiste séculaire. Et qu’importe que cela se fasse en
soutenant des régimes corrompus, autoritaires ou dictatoriaux, au mépris des
droits des peuples, ces « indigènes ». La droite au pouvoir, c’est enfin le
retour en force de l’ordre moral avec des discriminations dans tous les domaines
: sexuelles, sexistes et racistes.
Sexistes et sexuelles d’abord, parce ni les violences et les discriminations
contre les femmes, ni l’homophobie n’ont disparu. Raciste enfin, cette politique
qui expulse des enfants sans papiers ou rafle les pauvres, immigrés ou issus de
l’immigration, à Cachan. Heureusement que des milliers d’hommes et de femmes,
d’enseignants, de parents d’élèves ont eu la bonne idée de se mettre en travers
de la route de Sarkozy, sinon le nombre d’enfants sans papiers expulsés aurait
été plus lourd. Heureusement que la solidarité s’est vite organisée autour des «
mille » de Cachan.
Il y a un an, Zied et Bouna mourraient, pourchassés par la police, dans un
transformateur. Un an après, rien n’a changé pour les jeunes des quartiers qui
se sont révoltés suite à ce tragique évènement : on ne leur promet qu’un avenir
de précarité. Des flics, des flics et encore des flics pour passer cette
jeunesse « au kärcher », pour aller chercher des gamins à la sortie des écoles
et les expulser ou pour réprimer les mouvements sociaux, voilà le projet de
société qui motive Sarkozy. Il se présente comme le candidat du courage et de la
rupture. Mais sa rupture consiste à empirer le caractère antisocial de la
politique du gouvernement. Et quel courage y a t-il à se rendre dans des
quartiers aux mille problèmes entouré par mille CRS et autant de caméras de TV ?
Et quel risque prend t-il encore à mener campagne… en maîtrisant les rouages du
ministère de l’intérieur ?
De lui comme de Chirac et de Villepin, ces zélés serviteurs du Medef, on en a
soupé. Alors il faut tous ensemble s’en débarrasser, c’est une mesure de
salubrité publique. Il faut shooter la droite sans l’ombre d’une hésitation.
Mais il faut le faire sans illusion aucune sur la politique de la direction du
PS. Nous n’avons pas le même « désir d’avenir » que les candidats à la
candidature du PS car ils incarnent une gauche qui s’aplatit dès que le Medef
fronce les sourcils, une gauche dont la politique est génétiquement modifiée en
politique de droite dès qu’elle arrive au pouvoir.
Face à cette droite dure, il faut au contraire une gauche de combat, avant comme
après 2007, une gauche anticapitaliste et antidiscriminations que ma candidature
veut incarner.
Les effets des politiques libérales-capitalistes menées depuis un quart de
siècle atteignent de plus en plus de gens dans leurs droits fondamentaux à se
loger, communiquer, se chauffer, s’éduquer, se cultiver, se soigner, travailler.
Quand une société se révèle incapable de garantir le droit imprescriptible à
l’existence, à quelle valeur morale peut-elle donc prétendre ?
La politique que nous voulons passe par le partage des richesses pour en finir
avec les inégalités, le chômage et la précarité généralisée. Elle exige d’avoir
la volonté de faire en sorte que le mot « égalité » placardé sur le fronton de
toutes nos écoles ne soit plus un slogan creux mais devienne une réalité de la
vie quotidienne entre les hommes et les femmes, entre les générations, entre les
choix d’orientation sexuelles, entre les cultures et quelles que soient nos
origines. Elle nécessite de sortir de l’ère du profit qui engendre les guerres,
détruit nos vies et la planète.
Tout ceci passe bien sûr par des mesures d’urgences concrètes que j’aurai
l’occasion de défendre dans cette campagne et que vous trouverez dans ce nouveau
site.
A la LCR, nous ne prétendons pas être les seuls à porter ces aspirations. Nous
sommes favorables à des candidatures unitaires de la gauche anticapitaliste et
antilibérale aux élections de 2007. Il faudra bien que se regroupent tous ceux
qui s’opposent au nom de l’anticapitalisme à cette société d’inégalités et de
discriminations, et le plus tôt sera le mieux. C’est pourquoi nous poursuivons
la discussion avec tous ceux qui ont mené ensemble la bataille victorieuse du 29
mai, avec tous les partis qui ont appelé à voter « non », du PCF à LO. Je
comprends que le porte parole de la LCR ne peut pas en l’état fédérer cette
diversité. Donc je le répète une fois de plus ici, je suis prêt à retirer ma
candidature pour en soutenir une autre si un accord politique était trouvé entre
tous les courants qui n’ont pas renoncé à transformer radicalement la société.
Mais pour que cet accord soit trouvé, il faut la garantie absolue que cette
candidature unitaire n’aille pas à terme servir de caution à la direction du PS
par souci « d’efficacité ». Et la politique passée et actuelle de la direction
du PCF, sa participation sans sourciller à un gouvernement qui, de 1997 à 2002,
a privatisé plus que ses prédécesseurs de droite, sa prétention à vouloir
poursuivre aujourd’hui encore la discussion avec une direction socialiste qui a
renoncé à transformer la société, tout ceci ne nous rend guère optimistes. Alors
oui, la LCR est entrée en campagne. Une campagne ouverte qui veut rassembler
celles et ceux qui sont en accord avec les idées que je développe. Je les
appelle à prendre contact avec les sections de la LCR. Le meilleur moyen pour
que la politique à laquelle on aspire pèse demain sur les décisions qui seront
prises, c’est de lui donner le maximum de poids au premier tour et surtout,
surtout, de retrouver le chemin de luttes massives et unitaires.
N’oublions jamais que les congés payés ne figuraient dans aucun programme
électoral et d’ailleurs, pour les grèves et les manifestions, je serai candidat
jusqu’au bout et je ne me retirerai pour personne… Toujours facteur, et toujours
prêt à me battre aux côtés des miens, jeunes, travailleurs ou chômeurs, qui
savent comme moi ce qu’est l’exploitation.
Un journaliste écrivait récemment que je ne rêvais pas de l’Elysée tous les
matins en me rasant. Oui, j’assume, parce que je fais volontiers mienne la
formule de Louise Michel : « tant que le pouvoir ne sera pas partagé par toutes
et tous il donnera le vertige ». Chacun peut s’apercevoir tous les jours en
regardant le JT de 20 h combien cette vieille formule qui date de la Commune de
Paris en 1871 est d’une brûlante actualité.
Je propose simplement d’être le porte voix de toutes celles et de tous ceux qui
subissent l’exploitation et l’oppression sous quelque forme qu’elle soit et qui
en ont assez que leurs vies soient sacrifiées sur l’autel des profits d’une
toute petite minorité aussi égoïste que cynique. Je veux être le porte voix de
leurs colères. Et aussi de leurs espoirs, celui de voir un jour naître une
nouvelle société qui permette à la fois l’émancipation collective et
l’épanouissement individuel.
Olivier Besancenot, Le 15 octobre 2006